Dès le départ du refuge de Batère, à 6 h le samedi matin, notre épopée entre dans sa phase montagnarde avec une succession de crêtes à plus de 2000 m d'altitude. Il s'agit de contourner le Canigou qui trône, superbe, au loin. Les Hélionautes sont entrés dans un monde rocailleux, minéral, aérien... et très physique. Jean-Luc en a profité pour cultiver quelques petites ampoules sur les orteils. 

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À 16 h, c'est l'arrivée au Pic des Sept Hommes quand l'orage attendu commence à gronder. Nos compagnons d'infortune se recroquevillent sous leurs capes de pluie et attendent que l'orage s'éloigne enfin, pour reprendre leur marche, sous l'averse, cette fois, jusqu'à la cabane du Pla Guillem
« La flotte tombait dru, cinglante, et comme nous marchions jambes nues, nous pouvions sentir la pluie nous grêler les jambes. Nous avons trouvé refuge dans la cabane, très humide, mais en bon état. Nous avons échangé avec deux Catalans qui passaient par là : ils nous ont dit qu'ils viendraient visiter notre blog. », raconte Jean-Luc.

Le dimanche s'apparente à une marche au paradis, dans des paysages sublimes et hauts, du Pla Guillem au refuge Ull de Ter en Espagne où ils arrivent à 17 h, juste à temps pour l'orage du jour qui se déchaîne jusqu'à 23 h.

Le lundi est dans la lignée du jour précédent, leur permettant d'observer pas moins d'une cinquantaine d'isards, tout une compagnie de marmottes, le tout sur une succession de cols qui oscillent de 2200 à 2800 m l'altitude. Il faut beau, les paysages sont à couper le souffle, des crêtes, ils ont une vue imprenable sur les sublimes gorges de la Carança avant d'entamer, enfin, la longue descente sur la vallée d'Eyne où nos amis reprennent contact avec la civilisation : douche dans le torrent bien astringent, petite lessive qui sèche au soleil, et dégustation inoubliable d'un étrange cadeau Noël ressurgi du sac en plein cagnard : un tajine au poulet déshydraté.
« c'était drôle de penser que nous mangions mon cadeau de Noël, » se moque Jean-Luc

Les hélionautes ont la frite, le physique suit, mais ils envisagent la suite de leur longue marche avec une sombre inquiétude. En effet, les nouvelles venant des refuges qui les attendent plus loin ne sont guère encourageantes. Déjà, à partir de L'Hospitalet, Sitting Bull envisage de changer de chemin, tant l'enneigement tardif s'accroche sur les hauteurs. D'ailleurs, le matin, à 2700 m, il est indispensable de revêtir les doudounes pour supporter le froid en altitude. Nos compères se sentent très loin de nos plaines écrasées de canicule. La neige fond trop lentement et forme une sorte de soupe dans laquelle personne ne souhaiterait se débattre. Un chemin par l'Andorre pourrait contourner l'obstacle, dans un premier temps, mais si ces conditions exceptionnelles n'évoluent pas d'ici Viella, il est possible que nos Hélionautes remettent la suite du parcours à l'année prochaine.
« J'ai appris que Gavarnie est encore sous la neige et que le Pic d'Enfer est quasiment impraticable, en tout cas, pas avec notre équipement. Demain, on récupère Serge et Martine qui vont faire un bout de route avec nous : il n'est pas question de les entraîner dans une galère. J'ai eu envie de relever ce défi pour voir tous les sites extraordinaires traversés par le HPR. Si ce n'est pas possible cet été, j'irais randonner dans le Gers et je finirai l'année prochaine, » nous confie Sitting Bull au téléphone.